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Si vous avez évité les culpabilisantes « bonnes résolutions » du 1er janvier, vous n’échapperez pas tout au long de l’année aux injonctions des tenants du bien-être qui veulent vous imposer d’aller mieux – et savent comment faire. Méthodes et programmes sont délivrés comme des modes d’emploi coercitifs. Et si on s’écoutait un peu ?

Trois tendances lourdes témoignent de cette façon de « savoir à notre place » ce qui nous fait du bien. Elles se traduisent par des ouvrages, des sites, des blogs :

– le réveil ultra-matinal
Qu’on le nomme matin miracle ou magique, il consiste à se lever systématiquement une, voire deux heures plus tôt, pour accomplir dès potron-minet une série de rituels bien-être qui vont stimuler la journée : yoga, étirements ou gym, méditation, lecture, écriture, musique, petit-déjeuner detox et en conscience… L’objectif : retrouver du temps pour soi…mais en grignotant sur son sommeil.

– la folie du rangement
On nous garantit que le rangement c’est « magique » pour ouvrir un espace chez soi/en soi, se sentir respirer et ordonner sa vie. Le rangement tourne à la religion intégriste et les as de l’ordre fourmillent d’idées et de conseils en matière de boîtes, récipients, étiquettes et listes…

– L’agenda-journal
Le bullet journal, tendance montante entre l’agenda papier et le journal intime, vous permet cette fois de créer (imaginer, embellir..) un cahier qui devient un espace pour y caser votre temps. On établit un agenda annuel, mensuel, hebdomadaire et on reporte toutes ses choses à faire de l’un à l’autre pour ne rien oublier. Il s’enorgueillit de listes de routines (ménage, sport, beauté…) et de collections que l’on remplit scrupuleusement (livres à lire, films à voir, restaurants, lieux de vacances…). La blogosphère pullule de créatrices vraiment douées qui peuvent nous expliquer quel est le meilleur format, le meilleur carnet, et les stylos adéquats pour écrire ou souligner… Il est rassurant car on peut emporter son petit monde partout avec soi.

Le point commun entre ces trois méthodes, c’est l’imposition d’un cadre pour ordonner le temps, l’espace -ou les deux à la fois avec le bullet-journal. Structurantes, définies, les règles de ces nouveaux rituels bien-être sont précises, et abondamment illustrées. Il faut juste s’y plier. Or le cadre est d’abord rassurant pour les personnes qui ont un fort besoin de contrôle. Les contrôlants ont besoin de limiter leur temps comme leur espace ou d’utiliser une discipline qui crée une obligation. Dans un premier temps, cela calme et canalise leur anxiété.
Il « suffit » de suivre la discipline pour obtenir le résultat. Mais le contrôle – souvent assorti de fort perfectionnisme – ne supporte pas la moindre erreur. Or dans la vie tout ne se passe pas exactement comme nous le prévoyons… Le revers de la médaille, c’est donc l’instauration à plus ou moins long terme du sentiment de culpabilité. Car une habitude ne se prend pas aussi facilement, et il y a une différence entre vouloir et pouvoir. Or, si je ne suis pas « à la lettre » (ou quotidiennement) ces routines censées m’aider à aller mieux, il ne faut pas que je m’étonne de ne pas évoluer. Quelle « mauvaise élève » je suis ! La recherche ordonnée de bien-être risque donc d’entraîner dans un deuxième temps un véritable sentiment de mal-être : culpabilité, jugement, critique, mésestime de soi, perte de confiance…

Et pourquoi ça ne marche pas si bien que cela ?
Il n’est pas si facile de changer radicalement. On admet généralement qu’une routine nouvelle ne s’implante durablement que si nous parvenons à la maintenir sans faille pendant au moins trois semaines. Pas si simple…
Daniel Wegner, un psychologue américain, a par ailleurs découvert que les efforts conscients avaient un effet paradoxal : plus nous nous fixons sur un objectif et plus nous sabordons nos chances de l’atteindre. Courir consciemment vers le bonheur nous mènerait à la dépression. Les habitudes nouvelles ne fonctionnent que si elles nous ressemblent un peu, et si elles correspondent à nos besoins réels.
Le lever matinal, pourquoi pas, à condition que je connaisse et respecte mes besoins de sommeil – qui peuvent d’ailleurs différer selon les saisons. Oui, au rangement, s’il consiste à un allègement plutôt qu’à une accumulation. Et enfin je suis une adepte de l’agenda – mais pas s’il me fait perdre en remplissage et décorations le temps qu’il est censé me faire gagner.

Alors, que faire ?
Il suffit simplement d’être à l’écoute de soi et d’entendre nos besoins profonds. Le psychologue Abraham Maslow – un autre américain – a classé nos besoins vitaux en cinq grandes catégories.
A nous de prendre conscience de celui/ceux qui ont besoin d’être satisfaits en priorité :
– les besoins physiologiques
Ai-je besoin de plus de sommeil ? De plus de temps ? D’une alimentation plus équilibrée ? De sentir que j’ai plus chaud (un besoin qui se révèle à travers le désormais célèbre hygge danois dont j’ai déjà parlé) ? Ai-je besoin de faire des économies ou de me sentir bien avec peu ?
– le besoin de sécurité
Quel espace de travail ou de vie me convient le mieux ? Faut-il que mon espace soit vide ou ordonné – ou bien j’ai besoin d’un certain bazar pour exprimer ma créativité ? Mon travail doit-il être régulier ou respecter des phases de repos puis accélération ? Ai-je la nécessité de me sentir en meilleure santé ? D’avoir une meilleure hygiène de vie ? Ai-je besoin de repères dans le temps ou au contraire d’un sentiment de liberté ?
– le besoin d’appartenance et d’amour
Ai-je besoin d’appartenir à une communauté et d’en respecter les codes ou est-ce que c’est ma singularité qui me stimule ? Ai-je la nécessité d’investir plus dans mon couple ? Dans ma vie de famille ?
– le besoin de reconnaissance
Suis-je en phase de recherche de valorisation dans mon travail ou auprès de mes proches ? Ai-je besoin de réaliser quelque chose qui se voit, s’apprécie ou s’admire ? Ai-je la nécessité de recevoir des compliments ou des encouragements ou bien suis-je capable de m’auto-évaluer sans difficultés ? Est-ce que je vise un objectif ou un poste précis ? Ai-je l’envie de changer de métier, de ville, de chemin ?
– le besoin de dépassement de soi
Ai-je besoin de repousser mes limites ? De me sentir plus épanoui ? De me mesurer à ma résistance physique ou psychologique ? Ai-je la nécessité de donner la priorité à mes valeurs ? D’approfondir un engagement, une foi, une quête ?

Ces sont ces besoins réels, perçus et acceptés qui vont permettre de piocher ensuite dans l’ensemble des méthodes et process – qui ne sont jamais que des moyens et en aucun cas des fins en soi. Lâchez prise ! Pour ma part, à moins de devoir prendre un avion pour m’envoler vers une destination lointaine, rien ni personne ne me fera lever à 5h du matin !