smartopathie

Du 6 au 8 février, ce sont les « journées sans portable »… Un défi irréaliste ? Ces petits bijoux de technologie ont envahi notre quotidien, au point qu’il devient impossible de s’en passer : pour téléphoner (de moins en moins), surfer (de plus en plus), prendre des photos, s’informer, réserver un billet de train ou une place de spectacle…. Mais leur utilisation effrénée n’est pas sans conséquences sur notre santé physique et mentale.

Nous passons de plus en plus notre temps sur nos téléphones, soumis à un flux continuel de notifications et d’informations. 60% des Français consultent leur smartphone dès le lever, et 25% dans les cinq minutes qui précèdent leur coucher. Entre temps, on l’aura pris près de 30 fois en main, pour y passer entre 2 et 4 heures de la journée, selon notre âge. Toujours « branchés », toujours accessibles, toujours joignables…

On a souvent mis en avant les dangers des téléphones portables liés aux émissions d’ondes électromagnétiques. Ce risque n’est pas le seul auquel un utilisateur de smartphone est exposé.
Ces nouveaux outils créent aussi de nouvelles pathologies et des addictions, au nombre desquelles on trouve :
– la nomophobie, littéralement la « no mobile phobie », la peur de ceux qui ont peur de ne pas avoir leur mobile à portée de main – ou de ne plus avoir de batterie, ou de ne plus avoir de réseau… Peur de ne pas être joignable, crainte de ne pouvoir appeler, besoin d’échanger en permanence, ils sont « scotchés » à leur téléphone. Une enquête menée en Angleterre révèle que 53% des possesseurs d’un téléphone portable sont touchés par cette anxiété.
– la FOMO ou fear of missing out (peur de manquer quelque chose) concerne davantage les « accros » aux réseaux sociaux qui ont besoin d’être en permanence au courant de ce qui se passe. Drogués à l’info, ils interagissent fréquemment avec les communautés auxquelles ils appartiennent, sur Facebook, Twitter ou Snapchat… Faciles à interrompre, leur concentration est souvent labile. En 10 ans, notre capacité de concentration a chuté de 12 à 8 secondes…
A Singapour, qui détient le record mondial d’utilisateurs de smartphones (87% de la population équipée), les addictions technologiques ont été reconnues comme un trouble psychologique, générant stress, anxiété et tendance au retrait social…
– les troubles musculo-squelettiques comme le Text-neck (douleurs de la nuque et du cou) ou la textonite (tendinite du pouce) se développent sur des individus amenés à projeter plusieurs fois par jour leur tête vers l’avant, dans une courbure peu naturelle -ou à agiter frénétiquement leurs pouces sur les petites touches d’un clavier. Chez les adolescents, ce sont des troubles du rachis dorsal qui se développent, qui font craindre aux kinésithérapeutes d’avoir à traiter bientôt une recrudescence de cyphoses, chez des adultes bossus.
– le binge watching désigne la surconsommation de films ou séries téléchargés ou regardés en streaming. Il touche particulièrement les amateurs de séries, qui regardent à la chaîne une ou plusieurs saisons de « Game of Thrones », « Ray Donovan » ou « Walking Dead » pendant des heures…voire des jours.
– le workaholisme (addiction au travail) est accentué par la difficulté à se déconnecter.Le smartphone est un fil à la patte qui permet à l’accro au boulot de recevoir à tout moment ses appels téléphoniques et ses mails, et de rester « branché » à son réseau professionnel – au détriment de la vie personnelle qui est désinvestie. Pour y remédier en partie, la loi Travail a introduit depuis le 1er janvier 2017 un « droit à la déconnexion » qui permet de respecter les temps de repos et de congés des salariés…à condition qu’ils l’acceptent eux-mêmes. Les entreprises de plus de 50 salariés doivent désormais mettre en place des outils de régulation des outils numériques – comme l’extinction des serveurs en dehors du temps de travail, par exemple.

Les dégâts ne s’arrêtent pas là et on implique volontiers les smartphones dans les troubles du sommeil – la lumière bleue des écrans perturbant la sécrétion de la mélatonine – et dans ceux de la fertilité – à force de placer son téléphone dans sa poche de pantalon… Et on commence à dénombrer les « morts par selfie » – une quarantaine par an – essentiellement dues à la chute des photographes imprudents.

Quelle détox possible ?
La manière radicale consiste à ranger ou confisquer (pour les ados) lesdits téléphones, ou à déconnecter wifi et autres réseaux à partir d’une certaine heure ou à certains endroits. A Paris, des restaurateurs offrent une ristourne à leurs clients qui laissent leur portable à l’entrée. Des salles de spectacle s’équipent de brouilleurs pour décourager les importuns.

Une alternative consiste à limiter dans le temps ou la durée ces pratiques – en particulier pour les ados : ne répondre ou ne vérifier ses mails (Twitter/Facebook…) qu’une fois par heure ou demi-journée; ne surfer/visionner que par tranche de 30 ou 50 mn. Pour plus d’idées, consultez les 10 commandements du frugeek
Par ailleurs, ces activités à forte stimulation corticale doivent être compensées par d’autres, davantage centrées sur le corps et les sens : bricoler, jardiner, colorier, coudre, tricoter, nager, marcher, se promener dans la rue ou la nature, faire du sport…
Enfin ces addicts peuvent être d’excellents « clients » pour la méditation, une manière de sentir défiler le temps, en expérimentant le silence et l’immobilité, sans jugement.
Phil Marso, l’écrivain français à l’origine des journées sans portable vous invite aussi à relever ces 6 défis sans smartphone. C’est lui qui a choisi la date du 6 février : la Saint Gaston, celui du « telefon qui son »…
Il y a pourtant 7% de Français qui vivent sans portable, pour des raisons variées : rejet du consumérisme, critique de la dépendance, refus de l’immédiateté… Dans le même temps, ils se disent « délivrés de l’obligation de motiver leur silence »*, donc plus léger. Ils passent pour des originaux, voire des associables. T’es un humain et t’as pas de portable ? Non mais, allô, quoi !

*selon Bertrand Bergier , Sans « mobile » apparent, éditions Chronique Sociale