Tal ben shahar

De passage à Paris la semaine dernière, Tal Ben-Shahar – Docteur en psychologie et philosophie et « professeur de bonheur » à Harvard, a exposé les points-clefs de la psychologie positive, révélant avec sérieux, précision mais aussi humour les 5 éléments qui participent à rendre un individu plus heureux.

Lorsqu’il lance le premier « cours de bonheur » a Harvard, il y a plus de dix ans, cet enseignant américano-israélien doit rester motivé: moins d’une dizaine d’étudiants fréquente sa classe. Quatre ans plus tard, ils seront plus de mille, séduits par son travail qui tient compte de l’analyse des dernières études en psychologie positive, cette discipline qui ne se contente pas d’étudier un phénomène selon la moyenne des comportements d’une population, mais en fonction des habitudes des individus les plus performants d’un échantillon. Une approche initiée par Abraham Maslow dès les années 1950, lequel a posé un principe révolutionnaire : « apprendre de ce qui fonctionne le mieux ».

Depuis plusieurs années, Tal Ben-Shahar sillonne le monde pour partager ces enseignements à travers des séminaires, formations et conférences, comme à Paris ce 10 février. Près de 1000 personnes étaient venues l’écouter pour découvrir les cinq clefs de sa méthode S.H.A.R.P. – pour strengths (forces), health (santé), absorption (attention), relationships (relations) et purpose (sens à l’action).

1 – Connaître ses atouts
Quand la plupart des gens pense que l’on progresse en corrigeant ses faiblesses, les individus qui réussissent le mieux et sont les plus épanouis dans la vie sont ceux qui misent essentiellement sur leurs atouts. Non seulement ils ont parfaitement conscience de leurs forces, capacités et compétences, mais ils entretiennent aussi toutes les activités qui les nourrissent (sport, hobby…).
Par extension, les entreprises les plus perforantes sont celles qui s’appuient sur les atouts de leurs salariés.

2 – Rester en bonne santé
L’Organisation mondiale de la santé qualifie désormais le stress de pandémie : ce syndrome est répandu mondialement, et s’exprime à un niveau de plus en plus élevé.
Le stress est donc inévitable, et Tal Ben Shahar reconnaît que ça n’est pas tant le stress qui est aujourd’hui un problème, mais davantage notre difficulté à nous accorder des temps de répit.
Connectés en permanence, disponibles à toute heure, nous avons de moins en moins de temps de récupération. Si un individu lambda rêve d’un métier – ou d’une société – dans lequel il n’y aurait aucun stress (ce qui est impossible), les personnes les plus épanouies le sont car elles font face à ce stress, en s’autorisant des temps de répit et de repos : de quelques minutes dans une journée à quelques jours par mois…ou semaines par an. Elles maintiennent ainsi leur énergie physique et mentale pour rester en pleine santé.

3 – Etre pleinement attentif
Lorsqu’on est absorbé par une activité, on oublie tout le reste et on a cette sensation de ne « faire qu’un » avec ce que l’on fait. Il s’en dégage un sentiment de plénitude. Quand on interroge la plupart des gens, ce sentiment de plénitude est la plupart du temps associé à des événements exceptionnels : vacances lointaines, promotion, mariage, naissance d’un enfant…
Mais lorsqu’on interroge ceux des individus qui se décrivent comme les plus heureux, on constate que ce sentiment de présence et de plénitude est associé à un moment plus récent, plus fréquent ou plus banal. Les personnes les plus épanouies peuvent faire des plus petits moments des expériences très riches ; certaines pratiquent la méditation pour développer cette « pleine présence ».

4 – Entretenir des relations
Une des choses qui nous rend les plus heureux est la qualité du lien que nous entretenons avec ceux qui nous sont les plus proches et les plus chers : conjoint, enfants, amis, famille, collègues… Paradoxalement, dans le classement mondial des pays où l’on se sent le plus heureux ne figurent pas forcément des pays aux PIB les plus élevés. Mais ce sont toujours des pays où le lien social est très fort, comme au Danemark (encore !) où plus de 90% de la population fait partie d’une organisation : club de sport, association, église…
Quand la plupart des gens considère que les relations interpersonnelles sont guidées par des rapports de pouvoir ou d’influence, les personnes les plus heureuses sont celles qui placent l’authenticité et le caractère positif du lien dans leurs relations.

5 – Trouver du sens à ce que l’on fait
Notre besoin de dépassement nous pousse souvent à rechercher du sens à travers de grands projets: réalisation remarquable, engagement humanitaire, voyage initiatique… Des projets « pour plus tard » qui nécessitent quoi qu’il en soit temps, énergie, et parfois argent. Or trouver du sens à ce que l’on fait au quotidien est la meilleure manière de se sentir heureux. Le travail en est une bonne illustration. Des études montrent que quel que soit le poste que l’on occupe, on peut aborder son travail comme un emploi, une carrière ou une vocation (voir la fable ci-dessous). Dans un hôpital, même le personnel d’entretien, pourtant affecté à des tâches subalternes ou répétitives, estime qu’il participe à la guérison des malades, ce qui donne pleinement sens à ce travail.
Et chez les personnes les plus épanouies, cette quête de sens se reporte à la maison, y compris dans des activités familiales ou courantes.

La fable des tailleurs de pierre.
Trois tailleurs de pierres s’affairent sur un chantier, avec les mêmes outils, et avec le même savoir-faire, semblant faire exactement la même chose.
Le premier a l’air plutôt malheureux. Le deuxième semble plutôt heureux. Quant au troisième, il a l’air franchement radieux.
Un passant survient et leur demande ce qu’ils font.
Le premier répond amèrement : « Je taille des pierres pour survivre ».
Le deuxième répond: « Je taille des pierres pour construire un mur ».
Quant au troisième, il répond avec un grand sourire: « Je taille des pierres pour édifier une cathédrale ».

Est-ce utopiste ou naïf ?
Ce « monde de bonheur » semble ignorer totalement les facteurs de base du bien-être : niveau de vie, éducation, qualification professionnelle, revenus, santé… Tout est-il si simple ? Le bonheur est-il un luxe pour les Occidentaux privilégiés – et sans doute trop gâtés ?
Pour autant, Tal Ben-Shahar précise bien que, même lorsqu’on est confrontés à des hasards de vie, des moments difficiles ou des événements douloureux, on peut quand même se sentir heureux. Cette phrase résonne très profondément en moi et me rappelle ce que, enfant, me répétait ma grand-mère : « même pendant la guerre, on était heureux ». Une assertion longtemps restée un mystère pour moi…
Pour cela, il conseille d’adopter deux attitudes :
– considérer que les plus petits changements produisent déjà des effets sur notre bien-être et sur notre vie. Il suffit de commencer.
– assumer la pleine responsabilité de nos vies. Rien ne viendra de l’extérieur, d’un sauveur ou d’un événement miraculeux. C’est à nous de prendre les rênes de nos vies et de mettre en place les changements possibles en nous et pour nous. L’épanouissement est contagieux. Si l’on change nous-mêmes un peu, on peut faire changer les autres.

Enfin, il est bon de considérer que le bonheur n’est pas une trajectoire linéaire. C’est un parcours qui passe par des hauts et des bas. Mais comme beaucoup de choses dans la vie, mêmes les situations les plus difficiles – ou les états émotionnels les plus douloureux – finissent par passer.

Oubliez les kitschissimes cadeaux de Saint-Valentin et initiez votre douce moitié au bonheur accessible !

Pour aller plus loin :
– L’apprentissage du bonheur, Pocket, 2011
– L’apprentissage de l’imperfection, Pocket, 2011
– Apprendre à être heureux (cahier d’exercices), Pocket,2012
– Choisir sa vie, Pocket, 2017

Site : www.talbenshahar.com