sourd

La sophrologie, en tant que méthode de bien-être et d'équilibre physique et mental utilise un outil privilégié : la voix. C'est par ses indications verbales, douces, lentes et progressives, que le sophrologue amène son client/patient à un niveau abaissé de conscience, proche du sommeil et favorable au travail en fonction des objectifs recherchés.

Toujours s'adapter
L'un des principes de la sophrologie est l'adaptabilité. Même si les exercices/techniques/protocoles sont bien définis, il est important de les adapter pour tenir compte des particularités et contraintes des personnes que nous accompagnons. 

Il en est ainsi toutes les fois où l'on est amené à recevoir des personnes malades ou handicapées. Certaines limites physiques nécessitent de modifier nos techniques pour que la personne accède au bien-être et à l'équilibre dans la mesure du possible, et sans être trop gênée par les contraintes qui lui sont imposées par sa maladie ou son handicap.
Il m'est ainsi arrivé très fréquemment de suivre des personnes limitées par le grand âge, en fauteuil, ou même non-voyantes. Elles peuvent avoir accès à la sophrologie sans problème.
Mais quelle n'a pas été ma surprise la première fois que j'ai accueilli des collaborateurs sourds sur l'un de mes ateliers en entreprise ! L'employeur avait bien évidemment prévu un traducteur en langues des signes, mais n'ayant pas été prévenue auparavant, j'ai dû m'adapter rapidement à ce petit groupe. Comment fait-on du palming avec quelqu'un qui n'entend pas - et à qui à l'évidence on ne va pas demander de mettre les mains sur ses yeux ? Bien sûr, la langue des signes traduisait mes indications, mais elle se limitait souvent à en donner les grandes lignes, et était reçue "comme si on racontait une histoire". J'expliquais à la traductrice, qui retranscrivait ensuite à ses interlocuteurs. Et surtout, une question m'obsédait : comment les sourds présents pouvaient-ils bénéficier de la sophrologie "sans la voix", mais aussi sans fermer les yeux pour rester concentré ?

Un accompagnement qui rencontre des limites
Depuis, j'ai eu régulièrement des salariés sourds sur mes groupes en entreprise. La solution la plus simple que j'avais trouvée alors, c'était de leur préparer à l'avance les techniques par écrit, pour qu'ils puissent suivre en même temps que j'expliquais au reste du groupe. Cela demande une attention soutenue, et d'être face à la personne sourde pour qu'elle puisse aussi, parfois, lire sur les lèvres et suivre le rythme. Il m'arrive aussi de joindre le geste à la parole en mimant ce que j'explique.
Pour autant, j'ai vite compris qu'il y avait un décalage entre ce que vivaient les sourds et les entendants. Les personnes valides, capables de m'entendre, bénéficiaient de la technique et de ses bienfaits en temps réel. En revanche, les personnes sourdes étaient obligées de lire, de retenir quelques lignes puis de s'appliquer les consignes à elles-mêmes. Je trouvais cela aussi frustrant que fastidieux. Pas très relaxant en fait...
Donc j'ai longuement réfléchi à la manière de les accompagner encore mieux. En faisant quelques constats :
- les personnes sourdes, quand elles n'ont jamais entendu, ont un vocabulaire précis mais moins varié que les entendants,
- il est préférable d'utiliser des phrases courtes avec elles, c'est plus percutant,
- il ne faut pas hésiter à répéter certaines formules,
- elles sont très réceptives aux images.

Créer un outil adapté
C'est ainsi que j'ai été amenée à conjuguer plusieurs techniques pour mettre au point des vidéoprompteurs.
Ce sont des vidéos qui permettent de suivre un texte qui défile lentement. Ainsi, la personne sourde lit le texte, et fait l'exercice en même temps qu'elle en prend connaissance. La voix n'est pas là, mais on recrée la simultanéité ! On recrée même les silences...
Le fait de ne pas fermer les yeux n'est pas un problème pour quelqu'un qui est sourd, car il est habitué à être confronté en permanence aux images ou à l'écrit. On introduit l'idée de "regarder sans voir" : on peut lire le texte, tout en s'abandonnant à un certain relâchement.
Les textes ont été beaucoup retravaillés, simplifiés et aujourd'hui j'ai un certain nombre de ces videoprompteurs qui sont utilisés avec des personnes sourdes qui viennent en consultation ou sur des ateliers - et je dois dire pour leur plus grand bonheur. Elles apprécient d'être autonomes, de pouvoir se laisser porter, de lâcher-prise, en faisant comme les autres. Et le bien-être et l'équilibre s'installent naturellement. C'est aussi cela, la magie de la sophrologie.

Laurence Roux-Fouillet

Et voici un exemple, avec un vidéoprompteur sur la respiration apaisante :