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A force d’être connectés et de recevoir des messages et autres notifications, nous avons la sensation d’être reliés aux autres en permanence. Or, l’hyper connectivité peut mener à un trop-plein des autres. Pourquoi redoutons-nous tant ce face-à-face avec soi ?

Entre les réseaux sociaux et les messageries de toutes sortes, nous nous sentons de plus en plus « entourés », reliés, mais aussi parfois cernés, observés et peut-être même jugés. Nous nous croyons obligés de répondre à la moindre sollicitation ou notification – nous nous précipitons le plus souvent pour le faire – et nous pensons que si nous ne nous manifestons pas, ce sont les autres qui risquent de nous oublier.

Ce besoin des autres cache parfois une peur de la solitude et de l’ennui, presque une mort sociale. Certains d’entre nous ont le souvenir d’après-midi d’enfance passées à ne rien faire, comme un long ennui sans fin : « J’ai été seul pendant deux mille ans – le temps de l’enfance. De cette solitude, personne n’est responsable. Je buvais du silence, je mangeais du ciel bleu. J’attendais. », constate Christian Bobin. Pour autant, combien de ces après-midi creuses ont vu naître les jeux les plus imaginatifs ? C’est au cœur du vide que nous trouvons la capacité à faire jaillir ce qui nous correspond le mieux, plutôt que de rester à la surface des choses. Ce que le moine bouddhiste Thich Nhat Hanh appelle « prendre le temps de vivre plus en profondeur ».

En réalité, quand avons-nous l’occasion d’être seul avec nous-même ?
– Dans notre bain, nous (re)faisons notre journée passée ou à venir,
– Dans notre lit, nous cogitons,
– Au cinéma, nous nous demandons où nous allons aller dîner ensuite,
– Dans notre voiture nous pensons à ce que nous allons faire après…
…et toute personne qui s’affale sur un canapé passe les premières minutes à se demander : « Qu’est-ce que je pourrais faire que j’ai oublié ? ».

Si nous avons un instant de libre, nous appelons un ami, si une de nos soirées se libère, nous prévoyons une sortie, un apéritif… Quelle est la dernière fois où vous avez-vous passé un moment seul avec vous-même ?
Pour bien réaliser que ça n’est ni grave, ni dramatique, je vous invite à prévoir régulièrement un rendez-vous avec vous-même.

Exercice : rendez-vous avec moi
Dès le début de la semaine, planifiez dans votre agenda un quart d’heure avec vous-même. Un rendez-vous auquel vous ne devez pas déroger. Privilégiez un endroit où vous pourrez vous isoler des autres – peut-être même à l’extérieur (parc, jardin…).
Installez-vous et ne faites rien. Absolument rien. Appréciez de pouvoir ainsi souffler, sans but.
Vous allez être rapidement assailli d’autres envies : marcher jusqu’à la boutique en face, lire, écouter de la musique, manger ou boire quelque chose… N’en faites rien.
Profitez juste de l’instant.
Vous allez immanquablement vous sentir submergé de pensées. Accueillez-les. N’en suivez aucune, observez-les pour ce qu’elles sont : des éléments extérieurs à vous. Laissez glisser.
Imaginez à présent que vous tournez vos yeux vers l’intérieur, et que vous descendez en vous. Comme si vous vouliez vous poser dans un espace intérieur connu de vous seul. Vous pouvez vous figurer que c’est votre cœur, par exemple.
Habitez cet espace intérieur, sans autre intention que d’être là. C’est une sensation difficile à décrire, mais que vous comprendrez lorsque vous l’éprouverez.
Faites l’effort de maintenir cet état de présence le temps convenu, n’arrêtez pas avant.
Après cette parenthèse, accordez-vous encore cinq minutes pour noter ce que vous avez vécu : qu’est-ce qui a été agréable ? Difficile ? Avez-vous trouvé le temps long ou est-ce passé trop vite ? Quel type de pensées dominait ? Qu’avez-vous appris sur vous ?
Prenez l’habitude fidèle de ce rendez-vous avec vous-même, sans autre objectif que vous retrouver.

Cela peut paraître étrange, voire contre-nature. Pourtant d’autres ont fait – ou réalisent – cette expérience régulièrement.
A l’âge de vingt-neuf ans, alors qu’il traversait une période de souffrance psychique et identitaire intense, le psychothérapeute Eckhart Tolle vécut une expérience de pleine conscience qui l’amena à porter un regard vierge sur tout ce qui l’entourait.
« Tout était frais et comme neuf, un peu comme si tout venait d’être mis au monde. Je ramassais quelques objets, un crayon, une bouteille vide, et m’émerveillai devant la beauté et la vitalité de tout ce qui se trouvait autour de moi. » (Le pouvoir du moment présent).
Toutes les fois où il reprenait contact avec lui-même, il observa qu’il cessait de s’identifier à son mental, avec ses peurs et jugements. Il retrouvait la simplicité et la joie de l’instant présent.
La force du présent est de nous permettre de nous retrouver avec justesse, discernement et souvent apaisement. C’est un accès progressif au calme intérieur. Et cette solitude là s’apprivoise, elle n’est jamais angoissante.