perroquetJe le répète à l'envi : la sophrologie est une méthode vivante - d'autant plus qu'elle s'appuie sur l'humain. Même si ses bases sont solides, codifiées, cette technique évolue aussi avec la société dans laquelle elle se développe et ceux qui approfondissent sa pratique. Freud a inventé la psychanalyse, Caycedo la sophrologie, et après eux il y a eu d'autres découvreurs créatifs et tout aussi méritants que les inventeurs d'origine qui ont peaufiné ces approches. Les attentes changent, les outils s'affinent. Et n'oublions pas que le principe d'adaptabilité fait partie de nos fondamentaux en sophrologie.

Loin de moi l'idée d'entrer dans les débats de chapelle (mais à l'occasion, j'y reviendrai, je suis joueuse !). Toujours est-il qu'avec une formation relativement identique (et là, déjà, il faudrait mettre beaucoup de guillemets !!) chaque sophrologue, dans le respect de sa déontologie, pratique à sa manière - celle qui lui paraît juste - et surtout en fonction de la demande exprimée et des objectifs de ses patients (mais pour ma part, je préfère parler de client car l'accompagnement que je fais ne relève pas du soin). 

Donc, dans une méthode qui évolue - et qui attire de plus en plus d'aspirants-sophrologues - je dois bien avouer que l'évolution ne va pas toujours dans le bon sens.
Je pratique la sophrologie pour moi depuis 25 ans, je suis sophrologue depuis 15 ans, avec en tête la recherche constante autour de ma pratique, et j'ai le plaisir d'accompagner aussi depuis 8 ans environ des sophrologues débutants, dans le cadre de supervisions. La supervision est une approche qui existe dans d'autres domaines professionnels, comme la psychologie par exemple, et qui consiste à retravailler le cadre de sa pratique avec un professionnel ayant plus d'expérience que soi - et du recul sur la situation. J'ai eu la chance d'être supervisée à mes débuts par deux sophrologues plus capés que moi et je réalise à quel point j'ai évolué avec eux, dans mon approche à la fois de la technique mais surtout de la personne. Autant, et peut-être même plus qu'au cours de ma formation initiale (pourtant déjà excellente !).

Ce long préambule pour introduire mon agacement grandissant du moment, autour d'une nouvelle race (génération ?) de sophrologues : ceux qui récitent des techniques apprises par coeur - quand ils ne les lisent pas.
Sans blâmer ces personnes qui, de bonne foi, ont fait l'effort d'entamer une formation dans l'objectif de se professionnaliser (nous sommes tous passé par là), la faute en incombe surtout aux organismes de formation qui ont à coeur de débiter du professionnel certifié comme d'autres des pains au chocolat. La faute en incombe peut-être aussi au fameux RNCP (l'inscription de nos formations au répertoire national des certifications professionnelles), dont nous fûmes tant à nous satisfaire, mais qui porte aussi le germe de notre décadence (déliquescence ?) possible si l'on n'y prête attention. Car pour être certifié, il faut faire appel à un référentiel pré-établi, donc "entrer dans des cases", pré-définir des normes dont il ne faut pas sortir. Il est donc plus facile de figer les techniques et de modéliser le même parcours pour tout le monde (déclinable sur une séance ou un protocole d'accompagnement) - surtout quand on se forme rapidement. N'importe quelle personne parlant français peut le faire (pardon, ici je me Mélenchonise, le courroux, sans doute !).

Bref, je vois arriver aujourd'hui en supervision des professionnels certifiés, qui sont surtout des réciteurs de techniques, parfois apprises à la virgule près. D'ailleurs pour ceux dont la mémoire ferait défaut, on leur conseille plutôt de lire, c'est plus simple. Bigre ! La réalité s'avère bien différente : ces techniciens de la sophrologie se trouvent en état de panique quand, face à de "vraies personnes", ils ne savent pas quoi faire - tout simplement parce qu'on ne le leur a pas enseigné. Certains m'annoncent qu'ils préparent dès le premier entretien l'ensemble du parcours d'accompagnement qu'ils vont suivre avec la personne qui vient les consulter. A quel moment s'adapte-t-on à ce que cette personne vit entre deux séances, on ne le sait pas... C'est le genre de question qui laisse place à un grand blanc... Je ne parle même pas de ceux qui proposent à leurs clients des techniques qu'ils n'ont jamais pratiquées eux-mêmes. Lire la fiche ne suffit pas toujours à intégrer l'expérience.

Je suis triste (et un petit peu révoltée aussi, vous l'aurez subodoré !) que l'on donne aujourd'hui cette image de la sophrologie. Simpliste, figée et impersonnelle.
De mon point de vue, l
a sophrologie ne consiste pas à plaquer sur des individus des séances pré-préparées (allez, vous me mettrez deux RD et une sophro pour la dame !) et des parcours tout faits "parce que c'est plus pratique". Ca n'est pas en écoutant un texte - aussi élaboré soit-il - qu'on va enclencher une évolution - même en y mettant la meilleure "intention" du monde. Car, autant le dire, d'ici peu quelques bonnes applis audio ou n'importe quelle intelligence artificielle sera plus performante qu'un sophrologue...
En sophrologie on privilégie l'accueil, l'écoute, l'adaptabilité. C'est une matière de chair et de sang, pas que de technique (ceci est une métaphore - est-il besoin de le préciser ?).

Pour autant, étant une redoutable optimiste, je fais le constat que beaucoup des personnes formées comme des "techniciens" réalisent assez rapidement qu'il va leur falloir retravailler leur posture de sophrologue. Ils s'entraînent (beaucoup), se font superviser, se forment en complément et affinent leurs outils. Comme tout bon artisan qui peaufine sa pratique aussi avec son expérience, ses erreurs et ses réussites. Ils redeviennent des humains, pas seulement des perroquets. Quelle belle nouvelle !

Laurence Roux-Fouillet