travail sens

La rentrée est synonyme de reprise. Or, on ne retourne pas toujours travailler de gaieté de cœur, surtout quand on a du mal à comprendre à quoi sert ce que l’on fait. Comment se remotiver, pour être acteur de son travail, plutôt que le subir ?

Au XXIème siècle, dans nos sociétés occidentales, la plupart d’entre nous a la chance d’avoir plus ou moins choisi son travail. Pour autant, il arrive que ce métier ne nous plaise plus ou bien que nous ne comprenions plus à quoi sert ce que l’on fait. On a désormais la possibilité de se former à nouveau, ou de se reconvertir quand on veut s’orienter vers une carrière différente, et plus stimulante. Mais parfois, c’est le métier qui a changé, ou le contexte, ou la manière de le faire, ou la politique de l’entreprise ou de l’institution dans lequel on l’exerce. On ne s’y retrouve plus. Et d'autres fois, c'est nous qui avons évolué, mûri, réfléchi... Dans l'un ou l'autre cas, on n’a pas toujours la capacité, ni la possibilité, de changer tout tout de suite.
Alors, que faire, quand on trouve que cela n’a plus de sens ?

Le mot sens a précisément un double sens, qui désigne à la fois le contenu - la signification de ce que l’on fait -, mais aussi la direction - l’orientation vers laquelle on va. Une de ces définitions parle du présent, l’autre de l’avenir.
Dans le premier cas, on considère que le contenu ne sert à rien. Soit parce qu’il est inutile, soit parce qu’il ne produit pas de résultat avéré. Le produit, ou le service, ou la mission, n’ont pas de « valeur ajoutée » réelle – ou insuffisante. On « vend du vent » – et il faut se motiver pour le faire au quotidien. Bienvenue à l'ère du marketing et de la sur-consommation !
Dans le deuxième cas, on évoque davantage l’évolution des choses. Et parfois, certaines décisions d’entreprise, certaines politiques internes ou certains choix commerciaux heurtent – ou pire contredisent – ce que nous faisons ou ce en quoi nous croyons. On doit gérer des paradoxes, adopter un double discours, ou défendre des idées ou valeurs auxquelles on n'adhère pas. Et là, c’est vraiment plus difficile…
Face à ces contraintes, le pire choix serait de lâcher tout du jour au lendemain, dans l’espoir de jours meilleurs, d’un meilleur job. Beaucoup de reconversions vers la sophrologie se font dans la quête de cet idéal d'un monde meilleur, qui a du sens. J'ai déjà eu l'occasion d'en parler. Mais les changements ou reconversions mal préparés sont vecteurs de plus de déceptions encore.
Alors, avant d’envoyer tout paître, posez-vous quelques instants pour réfléchir – avec quelques exemples un peu caricaturaux mais parlants :

– Demandez-vous pour « quoi » vous travaillez
Cette question interroge ceux de vos besoins qui sont comblés par votre travail. Je l'ai longuement évoquée dans "La sophrologie au travail". Quelles sont les « vraies raisons » pour lesquelles vous travaillez ? Sont-elles fondées ? Ou bien courez-vous après des besoins qui risquent d’être difficilement comblés dans votre métier/travail/milieu ? Relisez ici quelques réflexions sur le bonheur au travail.
Si vous avez énormément besoin de reconnaissance dans votre travail – et qu’on vous la manifeste verbalement – et que vous travaillez dans un milieu où les compliments sont rares, vous allez immanquablement ressentir de la frustration. Autant s’en rendre compte et revenir à des attentes réalistes – ou changer en toute connaissance de cause.

– Évaluez l’atteinte à vos valeurs
Les conflits sur les valeurs sont les plus difficiles à résoudre. Demandez-vous à quel point cette perte de sens porte atteinte à vos valeurs fondamentales : honnêteté, franchise, loyauté, éthique, justice… A terme, les conflits sur les valeurs sont délétères et quasiment insolubles. S’en rendre compte est le premier pas vers un changement inéluctable. Attention toutefois à ne pas confondre valeur et cohérence. Beaucoup d’organisations maintiennent des valeurs, alors même que leurs décisions ne sont pas toujours cohérentes. Ces revirements font partie de la vie et de l’évolution des structures et même des individus. Si vous passez votre temps à les pointer ou les débusquer, vous risquez de vous épuiser pour rien.
Mais si votre supérieur est constamment grossier, discriminant, voire raciste dans ses propos, il est temps d’agir !

– Imaginez l’avenir
Cette situation peut-elle évoluer ? Un changement d’orientation, une nouvelle direction ne sont pas forcément immuables. Si ce qui a perdu du sens perdure, il est possible que de nouveaux changements se profilent à terme. Bref, le temps joue pour vous, et, à moins que le contexte ne soit insoutenable, attendre peut être une solution intermédiaire.
Si les choses ne vous conviennent pas, fixez-vous une date au delà de laquelle vous estimerez en connaissance de cause ce que vous voulez faire. J’ai travaillé dans le secteur associatif avec un nouveau président qui est arrivé en changeant toutes les méthodes de travail – qui fonctionnaient pourtant très bien. Il ne connaissait rien à ce milieu et chacun de ses propos m’agaçait. Je me suis donné six mois, en me disant que soit il partirait, soit il changerait. Finalement, au bout d’un an – et le constat réaliste que rien n’évoluait – c’est moi qui suis partie, sans amertume, et avec un autre projet professionnel mûri.

– Estimez votre part
Pouvez-vous faire changer les choses ? Si ça n’est pas le cas, vous risquez à nouveau de vous épuiser pour rien, tel Don Quichotte affrontant les moulins à vent. Par ailleurs, ce changement ou cette perte de sens a-t-elle des répercussions concrètes sur vous-même ? Cela vous impacte-t-il ? Vous sentez-vous triste, irritable, humilié, amoindri, maltraité ? Dans ce dernier cas, on revient à la réflexion sur l’atteinte aux valeurs.
Mais si votre entreprise change sans arrêt de stratégie – ou de produits – , vous contraignant vous-même à modifier en permanence votre façon de faire, il faut bien reconnaître que cela s’appelle le travail. Et au final, même si elle n’optimise pas l’utilisation de vos compétences (un vrai gâchis, je vous l’accorde), elle vous paye pour cela. Faut-il être « plus royaliste que le roi » ?
Il est à noter que dans ces moments, la sophrologie peut s'avérer d'une aide précieuse pour apprendre à canaliser les pensées et à mieux comprendre et gérer les émotions liées, notamment dans le cadre du travail.


A ce stade, vous en êtes au constat. Cette évaluation préalable est toutefois nécessaire pour sortir de la récrimination vaine et pouvoir passer à la phase 2 : agir.

Trouvez votre sens
Dans une organisation qui dysfonctionne, quelle place ou quelle part pouvez-vous prendre pour redonner du sens à tout ou partie du travail – y compris à vos propres yeux ? Pouvez-vous prendre une nouvelle responsabilité, suggérer une autre organisation, faire des contre-propositions, limiter l’impact ou le périmètre de ce qui se décide ? A défaut, pouvez-vous être aidant pour vos collègues et préserver le sens au moins dans votre équipe, votre service, votre région ? Mais il est possible aussi, au sein de la même organisation, d’aller trouver du sens dans d’autres fonctions. Si vous vous ennuyez à la compta, pourquoi ne pas demander à entrer au comité d’entreprise ou au CHSCT, devenir sauveteur ou référent sécurité, ou bien encore formateur ?
Dans cette démarche nouvelle - et qui peut faire un peu peur, vous aurez peut-être besoin de techniques pour soutenir votre confiance en vous, votre affirmation ou votre capacité à négocier. Un certain nombre d'exercices de sophrologie permettent de renforcer le discernement, l'assurance et la capacité de conviction. Ils peuvent être pratiqués avant un rendez-vous ou une rencontre importante.


– Appréciez l’impact du travail dans votre vie
Ce travail qui vous paraît routinier, répétitif, peu valorisant, rébarbatif ou même limité a d’autres effets dans votre quotidien, qui font pleinement sens ou auxquels vous donnez du sens. Réalisez qu’il vous permet (au choix) d’exercer vos talents, de structurer votre journée, de gagner votre vie, d’élever vos enfants, mais aussi d’avoir des amis, de connaître des personnes sincères, de profiter de temps libre, de voyager… Il y a un "retour sur investissement" appréciable à vos yeux.
Développer un regard positif sur soi ou sur l'existence est encore une solution offerte à travers la pratique de la sophrologie. Il est ainsi possible de réinstaller le sentiment de bien-être en soi, alors même que la situation reste identique.


– Trouvez du sens ailleurs
Si votre travail est inévitablement vidé de sa substance – et que vous ne pouvez pas, ou pas encore, en changer -, il est temps d’ouvrir une fenêtre et de trouver ce sens qui vous manque tant dans d’autres activités extra-professionnelles : association, club sportif, ONG, maison de quartier… On peut s’engager pour la défense du patrimoine, l’éducation, le devoir de mémoire, la solidarité, la démocratie de proximité, l’environnement, la cause animale… Autant d’actions qui valorisent le sens et les valeurs, et qui sont des échappatoires bienvenus à un travail morose.

Ce qui fait sens pour nous n’a pas forcément le même sens pour les autres. D’où l’intérêt de réfléchir à la signification et à l’orientation qui nous conviennent, dans la mesure des possibilités qui nous sont offertes ou que nous pouvons créer. Et d'utiliser les techniques - parmi lesquelles la sophrologie occupe une place de choix - qui peuvent nous aider à tenir - ou à changer !

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