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Parmi les émotions de base, la peur est celle qui est la plus présente ou peut devenir la plus intense. Cela est sans doute dû au fait qu'elle est directement en lien avec l'instinct de survie, et nous incite à rester vigilant au danger, pour nous en prémunir et nous protéger.
Mais il arrive parfois que la peur que nous ressentons soit sans commune mesure avec le danger, qui n'est parfois qu'hypothétique, ou même ne constitue qu'un simple risque, dont la survenue reste improbable. Mais cela, nous ne le savons pas, ou nous nous refusons à le croire. Tous nos "voyants" sont au rouge et nous subissons pour de bon les effets désagréables de la peur : pensées anxieuses, palpitations, nœud au ventre, agitation physique, troubles du sommeil...
Travailler sur les émotions implique parfois de démonter leur logique, pour mieux les comprendre, avant de mettre en place les moyens de les accepter - et surtout de les dépasser.

Depuis que je suis sophrologue, j'ai effectué un travail approfondi sur les émotions, et, concernant la peur, j'observe souvent un phénomène très courant, que l'on pourrait appeler "Un train peut en cacher un autre".
Je m'explique. Derrière une peur apparente, il y a souvent une, voire plusieurs peurs cachées. Si l'on y prête attention, elles se dévoilent l'une après l'autre, un peu comme des filtres qui se lèveraient sur une peur fondamentale. Or, nous sommes souvent bloqués devant le passage à niveau.

Prenons l'exemple de Laëtitia*, qui a 11 ans. Elève en Cinquième, elle a extrêmement peur de son prof de Physiques depuis la rentrée, car il la rabroue fréquemment. C'est une bonne élève, mais elle est à présent totalement bloquée (la "paralysie" est un des moyens d'expression de la peur) et a eu plus récemment des plus mauvais résultats scolaires. Ses parents ne comprennent pas l'importance qu'elle porte à cet enseignant, et restent soucieux qu'elle conserve sa joie de vivre et son envie d'apprendre. Or, non seulement ses notes chutent, mais certains jours, elle panique à l'idée d'aller au collège - y compris les jours où elle n'a pas Physiques.

Avant d'entreprendre un travail avec des outils adaptés de sophrologie, je lui propose que nous démontions ensemble sa peur. Je lui explique l'histoire des trains, en lui précisant que notre objectif est de trouver le train qui est caché derrière tous les autres.
Voici ce que cela donne, de la peur la plus visible, en allant vers la plus cachée :
- J'ai peur d'être grondée
- J'ai peur que ce prof ait une mauvaise image de moi
- J'ai peur qu'il me mette de mauvaises appréciations
- J'ai peur d'avoir un mauvais bulletin
- J'ai peur que mes parents ne soient pas contents
- J'ai peur de les décevoir
A ce stade, aucun lien entre toutes ces peurs, puisque les parents ne mettent aucune pression particulière. C'est Laëtitia qui interprète.

Sous la dernière peur, elle en écrit une toute petite, la peur ultime : J'ai peur qu'ils ne m'aiment plus.
Cette peur là aurait été difficile à identifier en premier lieu. On a pu la débusquer, parce qu'on a pris le temps de pousser les autres trains les uns après les autres.
Lorsqu'elle en prend conscience, Laetitia réalise que cette peur fondamentale est totalement irrationnelle. Il est donc plus facile désormais d'y faire face sans craintes, et de commencer à travailler sur les exercices de sophrologie qui vont la soutenir dans cette approche, et l'aider à retourner au collège en toute sérénité - que le prof de Physiques râle ou non.

Laurence Roux-Fouillet
Sophrologue

* son prénom a été changé 

Photo de Michael Erhardsson