Quand le climat émotionnel collectif impacte la santé mentale individuelle
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Vous vous sentez perturbés par la succession d’actualités tragiques ou angoissantes ? Vous avez l’impression que les infos et les réseaux sociaux vous dépriment de plus en plus ? Vos sentiments sont fondés. Des scientifiques ont établi un lien entre les émotions vécues et véhiculées collectivement et notre propre bien-être.
Est-ce que vous trouvez que la santé mentale de nos contemporains s’est dégradée depuis la crise du Covid-19 ? On a parfois l’impression qu’il y a un « avant » et un « après » et que certaines personnes se rétablissent difficilement de ce que nous avons collectivement traversé, voire que leur équilibre se dégrade. Sans compter que, depuis, les mauvaises nouvelles semblent s’accumuler comme autant de nuages au dessus de nos têtes : guerres, événements climatiques, drames collectifs… Ce climat morose serait-il contagieux ? Une étude scientifique parue avant l’été vient de démontrer l’influence de l’environnement global sur les individus.
Courant juin, la revue scientifique Frontiers in Nuclear Medecine a publié les résultats d’une vaste étude menée par deux chercheurs français. Le Professeur Eric GUEDJ de l’Université de Aix Marseille Université et le Professeur Wissam El-Hage de l’Université de Tours se sont appuyés sur l’analyse d’imageries cérébrales de 95 patients atteints de pathologies neurologiques, qu’ils ont croisées avec l’intensité quotidienne des émotions négatives exprimées dans des tweets géolocalisés en France pendant le confinement.
Ces deux médecins et leurs équipes issues du CNRS et de l’INSERM ont analysé plus de deux millions de tweets négatifs publiés sur Twitter (actuellement X) entre mars et mai 2020. Ces messages avaient pour point commun de relayer des informations ou opinions teintées de peur, d’anxiété ou de détresse. En parallèle, certaines personnes neurologiquement vulnérables et déjà suivies ont fait l’objet d’examens de neuroimagerie. Le verdict a été sans appel. Une activité cérébrale diminuée a été observée dans certaines régions de leur cerveau, associées à la régulation émotionnelle, notamment la peur.
Cette étude montre que l’expression d’une anxiété collective a des répercussions sur le bien-être individuel. Si les émotions que nous ressentons agissent directement sur notre santé mentale individuelle, celles que nous partageons massivement influent aussi sur celle des autres. Cette étude est très éclairante quant au lien entre climat collectif et bien-être individuel. Elle illustre une discipline qui se développe, I’« enviromique », dont l’objet est d’étudier l’effet des environnements sociaux et émotionnels sur le cerveau humain. Le Professeur Eric Guedj souligne dans sa publication : « Nos résultats illustrent l’importance des interactions entre société et cerveau. En révélant un lien entre le climat émotionnel collectif et des biomarqueurs cérébraux objectifs, cette étude ouvre de nouvelles perspectives en neuroscience sociétale pour mieux comprendre et prévenir les effets des crises collectives sur la santé mentale».
Des publics davantage touchés que d’autres
Ces éléments récents complètent d’autres qui les ont précédés, et qui pointent certains groupes qui ont été particulièrement fragilisés pendant et surtout depuis le confinement. En première ligne, on trouve les femmes, notamment les jeunes filles, les personnes isolées, et celles qui souffraient déjà d’un trouble psychique qui s’est aggravé. Le blog s’en était déjà fait l’écho.
Un enquête menée auprès de salariés dès juin 2020 avait également montré que le confinement, le télétravail et les réorganisations avaient eu des conséquences sur la notion de bien-être au travail. En France, la détresse psychologique des salariés a augmenté de 10 points par rapport à 2016, avec les femmes et les managers plus particulièrement touchés.
Que peut-on faire ?
Si le caractère hautement anxiogène des réseaux sociaux n’est plus à démontrer, leur interdiction semble peu probable, bien que de nombreux pays s’interrogent sur la limitation de leur accès aux plus jeunes – les moins de 16 ans, notamment.
D’autres solutions peuvent être mises en place, individuellement ou collectivement :
– apprendre à se protéger
Il est important de limiter volontairement l’exposition à l’actualité, l’hyperconnexion et toutes les activités qui rendent physiquement passifs, alors qu’on est psychologiquement exposé. Pourquoi ne pas profiter de la rentrée pour développer de nouvelles habitudes ?
– promouvoir le soutien social
Le soutien émotionnel et matériel des différents cercles et communautés auxquels on appartient est plus que nécessaire. Famille, amis, communautés constituent un bouclier contre le stress. Voir d’autres personnes, échanger, communiquer sur ses ressentis aide à prendre de la distance, réguler l’anxiété, restaurer la confiance et développer la résilience.
– trouver des espaces pour « prendre soin »
Créer sa propre « safe place », rejoindre des lieux où règnent l’apaisement, la bienveillance ou l’entraide renforce les émotions positives. C’est le moment de s’inscrire à une activité porteuse de sens pour soi ou de s’adonner à tous les loisirs qui reconnectent à la nature.
– développer l’acceptation
La capacité à prendre les choses comme elles se présentent peut se muscler. Lutter est le plus souvent contre-productif. Quand on ne peut pas agir sur les causes de ce que nous vivons, nous avons le choix de transformer la manière dont nous les abordons. Accepter ne signifie pas subir ni laisser tomber, mais juste « faire avec ».
Si le climat émotionnel collectif peut se répandre comme un virus jusque dans notre cerveau, nous avons encore des moyens d’agir et même de réagir pour participer à cultiver une atmosphère collective plus apaisée, plus empathique, plus humaine. En prenant soin de notre climat émotionnel partagé, nous prenons soin de nous-mêmes.
Sources :
– Emotional Stress During the COV/O-19 Lockdown: How Negative X/Twitter Posts Correlated with Changes in the Brain’s Fear Network; Revue Frontiers in Nuclar Medecin, 10 juin 2025
– Hospitalisations pour gestes auto-infligés : une progression inédite chez les adolescentes et les jeunes femmes en 2021 et 2022, DREES, 16 mai 2024
