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Il est de plus en plus courant d'entendre parler de "gestion des émotions", comme d'une forme d'entrainement ou d'apprentissage - voire de contrôle de soi. Depuis les travaux de Daniel Goleman*, on en sait plus sur ces manifestations émotionnelles et leurs modes d'expression. Les émotions se contrôlent-elles vraiment ? Et comment ?

Laissons tout de suite de côté une tentation fréquente : l'idée de pouvoir vivre en étant totalement coupé de ses émotions. Ce postulat serait simple (pour ne pas dire simpliste) : si les émotions sont dérangeantes, autant les ignorer. C'est une fausse bonne idée, voire une très, très mauvaise idée ! Car la partie du cerveau mobilisée à produire les émotions - le système limbique - cherchera toujours une voie pour leur permettre de s'exprimer. Et si cette expression est retenue, voire carrément verrouillée, le corps dans son ensemble trouvera une autre porte de sortie. "Prendre sur soi", cacher ses émotions est le meilleur moyen de voir s'exprimer des symptômes incompréhensibles, qui peuvent souvent être rattachés à un conflit intrapsychique qui provoque un déséquilibre émotionnel. Je parle de toutes les fois où un médecin vous dit "vous n'avez rien", alors que vous, vous savez pertinemment que ça vous fait mal, ça brûle, ça pique ou ça gratte...

Produites au coeur du cerveau, les émotions sont des réactions naturelles - physiologiques - à quelque chose qui se modifie dans notre environnement. De manière instinctive - et toujours pour répondre à notre besoin inné de survie - le système limbique "fabrique" cinq émotions de base, censées nous faire réagir à bon escient : la joie, le dégoût, la colère, la tristesse et la peur. Toutes sont protectrices. En aucun cas ces émotions ne sauraient être contrôlées - c'est à dire empêchées. Elles émergent, selon les situations.

Les émotions qui nous traversent sont reconnaissables par un certain nombre de mode d'expressions :
- des pensées, souvent négatives, parfois lancinantes, voire obsessionnelles. Leur permanence a l'inconvénient de brouiller notre concentration, voire notre discernement; elles sont épuisantes,
- des ressentis physiques : douleur localisée, contracture musculaire, accélération du rythme cardiaque, sensation de poids ou de noeud, irritations ou démangeaisons...
- des comportements, qui sont souvent la conséquence des deux premiers : stratégie d'évitement (pour ne pas être confronté à la cause ou l'objet de l'émotion), impatience ou irritabilité, nervosité excessive, perte de confiance en soi ou dans les autres...
Ce tableau n'est qu'une évocation, non exhaustive.

Dès lors, deux stratégies peuvent s'appliquer dans la gestion des émotions (et non le contrôle des émotions) :
- comprendre la cause, le déclencheur.
Plus on se connaît, et plus on repère ce qui peut laisser émerger une émotion en nous. Quand on ne peut pas (toujours) supprimer la cause, soit on peut s'y habituer progressivement, soit on peut anticiper sur ses effets. J'ai pour habitude de dire qu'une émotion a toujours une message pour nous : il y a quelque chose à comprendre dans notre manière d'être, notre système de valeur, nos limites (et notre capacité à les faire respecter), notre rapport aux autres... Plus on devient conscient, plus on identifie ces critères - et on parvient parfois à les relativiser. Vous voyez sans doute où je veux en venir : la sophrologie n'est-elle pas l'une des méthodes pour apprendre à devenir plus conscient - de plus en plus conscient même? La sophrologie est également une méthode préventive - qui permet de préparer ce qui est, par exemple, anxiogène (examen, entretien, prise de parole en public...). En outre, l'hypnose permet de travailler sur les déclencheurs, notamment quand il y a eu un trauma - ou simplement une événement inaugural, à l'origine d'une émotion.
- atténuer les effets des manifestations des émotions.
La cause est souvent légitime et incontournable - et toutes les émotions ne relèvent pas de trauma non plus. Donc, dans la plupart des situations courantes, le retour au bien-être et à l'équilibre interne sera obtenu en travaillant sur les expressions dérangeantes des émotions. L'approche des pensées négatives et ressentis physiques perturbants cités ci-dessus va y contribuer - avec des effets notables sur les comportements. Paradoxalement, ce qui a déclenché les émotions peut rapidement disparaître, en revanche les effets perdurent dans le temps - et ce sont bien eux qui sont les plus difficiles à vivre au quotidien, allant même jusqu'à perturber le sommeil. C'est ce que j'appelle se trouver "dans la queue de la comète" : la comète est passée mais on est toujours traversé par sa trace. Dans cette hypothèse, la sophrologie trouve à nouveau toute sa place. Elle aide à faire baisser la pression, à atténuer la plupart des sensations physiques, à diminuer la puissance des pensées récurrentes...

Les orages émotionnels sont donc toujours possibles, mais ils deviennent davantage conscientisés - et beaucoup moins perturbants, permettant dans un temps de plus en plus court de retrouver bien-être et discernement, pour comprendre et passer à autre chose, fort de l'expérience.


Laurence Roux-Fouillet

* A lire : L'intelligence émotionnelle, J'ai Lu, 2003