mozart

La sophrologie est une technique dite "à médiation corporelle", mais qui donne toute son importance à la voix. C'est, en effet, la voix du praticien qui guide vers cet état modifié de conscience, propice à l'émergence d'un mieux-être - ou favorable à un travail sur soi, que ce soit dans un objectif lié à la vie personnelle ou professionnelle. La voix permet de franchir le tunnel qui fait passer tout sophronisé d'une conscience ordinaire, banale, vers une conscience dite sophronique (c'est à dire améliorée par cette pratique).

Le Pr Alfonso Caycedo, inventeur de la sophrologie, avait tiré cette prépondérance de la voix de son expérience de l'hypnose, tout en recherchant un relâchement moins profond, "au bord même du sommeil", mais qui laisse l'utilisateur de la sophrologie toujours conscient de ce qui se passe. Personne n'est censé perdre conscience, ni s'endormir pendant une séance. Il peut y avoir cependant, et ponctuellement, des micro absences.
Le terpnos logos - la "belle voix" - est un des apanages du sophrologue. Il induit l'état modifié de conscience (qualifié aussi de "niveau alpha", du nom des ondes cérébrales que le cerveau émet à ce moment là), tant par sa forme que par son contenu. La forme en elle-même suppose une maîtrise du timbre, du ton et du rythme de la voix. Le contenu n'est pas en reste puisque, bien évidemment, les mots ont un sens et ce sont bien les indications et suggestions du praticien en sophrologie qui importent également. On peut être un bon sophrologue avec une voix "moyenne", on l'est rarement en racontant n'importe quoi !
J'en ai fait l'expérience : nombre de mes patients et élèves étaient convaincus que c'était essentiellement la tessiture de ma voix et le ton que j'emploie qui favorisaient le lâcher-prise. Nous avons donc fait un test simple (avec des volontaires !) : cette même voix, récitant des fables de La Fontaine ou une liste de courses ne provoque pas (du tout) l'état de relâchement désiré. Dont acte. Ton et sens doivent se combiner.

Mais il y a un ingrédient indispensable qu'il faut encore savoir doser, c'est le silence. En sophrologie, les temps de pause, les silences, ont une place essentielle - comme en musique. Car la pause permet d'intégrer. Ne sont-elles  pas d'ailleurs qualifiées de "respirations" ? Comme si les mots avaient besoin de temps pour "descendre en soi", comme si les sensations devaient se développer à leur rythme. On parle d'ailleurs, au fil d'un exercice de sophrologie, de pauses d'intégration (en cours de route) et de pause de totalisation (à la fin, pour passer en revue toutes les sensations éprouvées). Sans ces pauses, savamment distillées, la sophrologie ne serait rien. Où le vide a toute sa place...

Quand on y songe, il me revient cette phrase de Sacha Guitry : "Lorsqu'on vient d'entendre un morceau de Mozart, le silence qui lui succède est encore de lui". Eh bien, en sophrologie, il en est de même : Lorsqu'on entend une technique de sophrologie, le silence qui lui succède est encore de la sophrologie. Un travail de virtuose ! Paroles et silences se complètent nécessairement dans cette quête d'équilibre corps-esprit.

Laurence Roux-Fouillet